
Compositeurs et compositrices en lumière
Karl Jenkins : Un compositeur gallois aux multiples facettes
Craig Courtney : Quand les mots deviennent musique
Becky McGlade
John Rutter : L’alchimiste des émotions chorales
Lajos Bárdos : Biographie
Giovanni Pierluigi da Palestrina : Un génie au service de l’Église
Hans Leo Hassler : Premier compositeur baroque allemand ?
Franz Schubert : le Roi des Aulnes
Franz Schubert : Stanley Kubrick
Franz Schubert : La Truite
Franz Schubert et Felix Mendelssohn : Deux génies précoces, deux destins
Schubert et l’ombre de Metternich : L’art comme refuge sous l’oppression
Karl Jenkins : un compositeur gallois aux multiples facettes
Dans le programme de l'Ensemble Vocal Grimaud le 31 mai et le 5 juin 2026 (voir détails) figurent cinq morceaux du compositeur gallois Karl Jenkins, l’un des compositeurs vivants les plus interprétés au monde. Une présence qui ne surprend guère !


Des racines chorales à l’exploration jazz-rock
Fils d’un instituteur et chef de chœur, Karl Jenkins a été immergé dans l’univers du chant choral dès son plus jeune âge. Pourtant, après des études à la prestigieuse Royal Academy of Music, il se tourne vers le jazz-rock. Multi-instrumentiste (piano, saxophone, flûte traversière et hautbois – un choix inhabituel pour ce genre), il marque les années 1960-1970 en jouant dans divers combos, dont le célèbre groupe de rock progressif Soft Machine. Il y compose et interprète cinq albums, tout en collaborant avec des artistes comme Andrew Lloyd Webber et Elton John.
Un héritage musical engagé
Ces vingt dernières années, Jenkins a placé la paix, l’intégration des musiques du monde et le dialogue entre cultures au cœur de son œuvre. Son style, à la fois accessible et profond, continue de captiver les publics du monde entier.
Une transition vers la composition
Alors que sa carrière avec Soft Machine s’achève, Jenkins se forge une réputation de compositeur, notamment pour la publicité télévisée.
Son tournant arrive en 1993, lorsque le premier mouvement de son Concerto Grosso « Palladio » devient le jingle des diamantaires De Beers, et que sa pièce Adiemus est choisie par Delta Airlines.
Découvrez "Palladio" en cliquant sur l'image
Ces œuvres seront plus tard adaptées en motets pour chœur a cappella : « Cantate Domino » (issu d’Adiemus) et « Exultate, Jubilate » (issu de Palladio).
Découvrez "healing light" en cliquant sur l'image
L’invention d’un langage vocal unique
Adiemus est une œuvre vocale où les parties chantées, bien qu’évoquant parfois le latin, ne reposent sur aucune langue réelle. Jenkins y transcrivait phonétiquement les mélodies pour que les voix s’intègrent comme des instruments à part entière. Cette approche, mêlant multiculturalisme et textes ethniques, devient la signature de ses compositions majeures, comme The Armed Man (une messe pour la paix), le Stabat Mater, le Gloria (dont nous interprétons le « Laudamus Te »), ou encore l’oratorio The Peacemakers (avec le mouvement « Healing Light » au programme).
Découvrez "Adiemus" en cliquant sur l'image
Pourquoi ces œuvres dans notre programme ?
Leur universalité, leur beauté mélodique et leur message humaniste résonnent avec les valeurs de notre chorale. Nous sommes fiers de vous les partager !
Craig Courtney :
Quand les mots deviennent musique
"On ne peut pas chanter ces mots sans en être changé "- Craig Courtney

Pour Courtney, pianiste et compositeur américain originaire de l’Indiana, la musique chorale est bien plus qu’un art : c’est une expérience collective transformatrice, où la fusion de la musique et du texte crée une unité organique. Il souligne l’impact profond de l’éducation musicale sur les individus, bien au-delà de la pratique chorale. Composer pour chœur, c’est tisser une danse intime entre les mots et les notes.
Le texte n’est pas un simple support : c’est l’âme de l’œuvre, le guide qui façonne mélodies, rythmes et silences. Quand il choisit un psaume, une prière ou un poème, il en extrait l’émotion pour en faire une expérience spirituelle et collective.
Ses textes, souvent bibliques ou poétiques, parlent d’espoir, de paix, d’amour - des thèmes universels qui touchent chacun. Il les structure avec soin : répétitions pour ancrer le sens, contrastes pour souligner les émotions, et toujours une clarté qui permet au message de résonner.
Courtney croit en la puissance transformatrice du chœur. Chanter ensemble un texte sacré, c'est "devenir un seul cœur, une seule voix", dit-il. Pour lui, chaque note chantée est une offrande - et chaque texte, une invitation à l’émotion partagée.

Venez vivre cette alchimie entre mots et musique lors de nos prochains concerts, où l'Ensemble Vocal Grimaud interprétera UBI CARITAS (Ubi caritas et amor, Deus ibi est - "Là où est la charité et l’amour, Dieu est présent") - une œuvre où la beauté des voix se marie à la profondeur du texte pour créer un moment de grâce partagée.
Becky McGlade
Becky McGlade est une compositrice britannique née en 1974, originaire de Cornouailles, où elle a grandi. Elle a étudié la musique à Royal Holloway, Université de Londres, et après l’obtention de son diplôme, elle est retournée en Cornouailles. Elle y mène aujourd’hui une vie musicale riche, partageant son temps entre la composition, l’enseignement du piano et du violoncelle, et sa carrière de violoncelliste.
Dès son plus jeune âge, elle a développé un amour pour le chant, et son intérêt pour la musique chorale sacrée s’est renforcé pendant son appartenance au Royal Holloway Chapel Choir.
Aujourd’hui, elle compose principalement de la musique chorale, s’inspirant largement de sa foi chrétienne, qui occupe une place centrale dans sa vie et son art. Elle commence chaque journée par un temps de dévotion, et sa spiritualité influence profondément son approche de la composition, notamment dans le choix des textes sacrés qu’elle met en musique.

Ses œuvres sont appréciées pour leur beauté mélodique et leur harmonie chaleureuse. Son style, à la fois accessible et émouvant, a su toucher un large public, faisant d’elle une figure appréciée de la musique chorale contemporaine.
John Rutter :
L’alchimiste des émotions chorales
« L’un des avantages de la musique de Noël, c’est qu’on en est débarrassé pendant 11 mois. »

C’est avec humour que John Rutter, surnommé « Monsieur Noël » pour son influence incontournable sur la musique festive, évoque cette tradition. Compositeur britannique parmi les plus joués au monde, il a marqué l’histoire de la musique chorale avec des œuvres d’une élégance mélodique rare, à la fois profondes et d’une accessibilité envoûtante.
Pourtant, malgré un mois de décembre plus chargé que celui du Père Noël lui-même, Rutter avoue ne jamais se lasser de cette période :
« On a bien 11 mois de répit, mais quand Noël revient, c’est à nouveau frais. Et entendre les mêmes cantiques d’année en année relie certains fils de notre vie. C’est merveilleux, car nous cherchons tous du réconfort dans un monde en mutation. »
Son génie ? Transformer des textes sacrés ou poétiques en expériences musicales universelles, où chaque note semble tisser un lien direct avec l’auditeur. Des pièces comme « God be in my head » ou « Open thou mine eyes », que le Chœur Grimaud a le privilège d’interpréter, illustrent parfaitement cette capacité à mêler simplicité et profondeur spirituelle. Ces œuvres, souvent courtes mais d’une intensité rare, captivent par leur pureté mélodique et leur capacité à toucher l’âme, qu’on soit croyant ou simple amateur de beauté musicale.
Aujourd’hui, John Rutter reste une référence incontournable pour les chorales du monde entier, et son héritage continue d’inspirer - y compris à L’Isle-sur-la-Sorgue, où ses compositions résonnent avec la même émotion intemporelle.
Un génie au service de l’Église :
Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594)
Né à Palestrina, près de Rome, Giovanni Pierluigi da Palestrina est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands compositeurs de la Renaissance musicale. Son œuvre, presque exclusivement dédiée à la musique religieuse, a marqué un tournant dans l’histoire de la polyphonie sacrée, notamment grâce à son rôle clé lors du Concile de Trente .
Le concile de Trente (1545-1563)
Dans un contexte marqué par la Réforme protestante, qui remet en cause les pratiques de l’Église catholique, le Concile de Trente cherche à réformer la liturgie. Les Pères conciliaires, soucieux de clarifier le rôle de la musique dans le culte, critiquent la polyphonie franco-flamande, la qualifiant de musica troppo molle (musique trop molle, c’est-à-dire trop sensuelle ou distrayante). Certains allèrent jusqu’à proposer d’interdire la polyphonie au profit d’un chant plus simple, monodique.


La révolution de la Missa Papae Marcelli
C’est dans ce contexte que Palestrina, alors maître de chapelle à la Chapelle Sixtine, composa une œuvre qui allait changer la donne : la Missa Papae Marcelli (1562–1563). Cette messe, dédiée au pape Marcel II, démontra qu’il était possible de concilier la richesse polyphonique avec la clarté du texte. En privilégiant une déclamation syllabique (une note par syllabe) et une écriture homophonique (où les voix évoluent ensemble), il permit aux fidèles de comprendre les paroles tout en profitant de la beauté musicale.
La musique de Palestrina incarne les principes de la Réforme catholique : chaque mot est soigneusement mis en valeur, évitant les superpositions de syllabes qui rendraient le texte incompréhensible, privilégiant une harmonie pure et transparente.
Son génie réside dans sa capacité à allier rigueur contrapuntique et émotion spirituelle.
Hans Leo Hassler (1564-1612) : Premier compositeur baroque allemand ?
Compositeur luthérien en terre catholique, il fut le premier grand musicien de son pays à aller se former en Italie.
Né à une époque charnière qui vit la fin de la Renaissance pour donner place à l'explosion d'un style nouveau avec l'ère naissante du baroque, Hassler se situe à un point stratégique. Il réveille la vielle école allemande avec le soleil de l'Italie et offre un style qui deviendra le fer de lance des futures générations, jusqu'à Bach, par cette manière bien particulière de travailler la mélodie, la polyphonie et ses oppositions de choeurs/voix (spatialisation) si caractéristiques de la musique vénitienne…
Le nom de Hassler reste attaché également à une composition tout à fait particulière qui se trouve dans le recueil séculaire de chants allemands, "le Jardin d'agrément" (Lustgarten neuer teutscher Gesäng) publié en 1601 : "O Haupt voll Blut und Wunden" que Johann Sebastian Bach choisit comme fil conducteur de sa Passion selon Saint-Matthieu, entendu par cinq fois au cours du déroulement de l’ouvre, dans différentes harmonisations.

Franz Schubert et le Roi des Aulnes
Au programme du mois de juillet, le Chœur Symphonique Robert Grimaud interprétera une œuvre de Franz Schubert :
la Messe en la bémol majeur, D 678.
Schubert a composé pas moins de 1 000 œuvres – un chiffre
impressionnant lorsqu’on sait qu’il est mort à seulement 31 ans – dont environ 600 Lieder.
Vous connaissez peut-être le Lied « Le Roi des Aulnes » (Der Erlkönig), composé
sur un poème de Johann Wolfgang von Goethe :
Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?
C'est le père avec son enfant.
Il porte l'enfant dans ses bras,
Il le tient ferme, il le réchauffe.
« Mon fils, pourquoi cette peur, pourquoi te cacher ainsi le visage ?
— Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes,
Le Roi des Aulnes, avec sa couronne et ses longs cheveux ?
— Mon fils, ce n’est qu’un brouillard qui traîne.
— Viens, cher enfant, viens avec moi !
Nous jouerons ensemble à de si jolis jeux !
Maintes fleurs émaillées brillent sur la rive ;
Ma mère a maintes robes d’or…
Voici une interprétation particulièrement dramatique de ce Lied par Matthias Goerne :
Schubert n’avait que 18 ans lorsqu’il composa cette œuvre. Peut-on imaginer un jeune homme d’un âge si tendre, qui avait déjà commencé à écrire ses premiers Lieder dès 14 ans ?
Un talent précoce, d’une maturité musicale saisissante.
Ce qui est nouveau à son époque, c’est qu’il ne s’agit plus simplement de mots mis en musique, mais bien d’émotions traduites en musique. Schubert démontre sa capacité à s’approprier un texte de telle manière que non seulement la musique épouse le mot, mais que le mot semble naître de la musique elle-même.
Écoutez ce Lied dans un arrangement pour orchestre à cordes :
Enfin, Franz Liszt l’a arrangé pour piano, avec la virtuosité qui lui est propre :
Ainsi, chez Schubert, la musique ne raconte pas seulement une histoire : elle la fait vivre, frémir et résonner longtemps après la dernière note.
Le Chœur Grimaud interprètera la messe D678 de Franz Schubert en concert à L’Isle-sur-la-Sorgue et à Avignon.


C’est un extrait du deuxième mouvement du trio pour piano, violon et violoncelle en mi bémol majeur, opus 100 (D 929) écrit par Schubert en novembre 1827.
- Il a également été utilisé dans toute une série d’autres films: The Hunger, Crimson Tide, La pianiste, et d’autres encore.
- La marque de parfum »Diesel» s’en est également servi pour une publicité.
Après le dernier trio avec piano de Beethoven («l’Archiduc»), ce genre sombra dans une léthargie pendant une décennie — jusqu’à ce que Franz Schubert, l’année même de sa mort en 1828, publie son Trio en mi bémol majeur. « Comme une apparition céleste courroucée », aurait-il traversé l’« activité musicale » de l’époque, se souvenait encore Robert Schumann dix ans plus tard. Pour lui, il demeura toute sa vie un non plus ultra de la musique de chambre romantique.
Si vous avez envie de l’écouter dans son intégralité (cela vaut absolument la peine !), je propose cette interprétation avec le »Trio Wanderer»:
Le Chœur Grimaud interprètera la messe D678 de Franz Schubert en concert à L’Isle-sur-la-Sorgue et à Avignon.
Franz Schubert et Stanley Kubrick
Les cinéphiles doivent reconnaître cette musique, Stanley Kubrick l’a utilisé pour son film culte «Barry Lyndon »:

La Truite
Et reconnaissez-vous cette mélodie ?!
Oui, c’est «LA TRUITE» (D 550) !!!
Deux années plus tard, Schubert composa son célèbre quintette avec piano La Truite (D. 667), dans lequel la charmante mélodie est déclinée sous toutes ses formes au quatrième mouvement.
Bon,1000 compositions, donc il y a de quoi découvrir............comme par exemple la messe en la bémol majeur (D 678) que
le Chœur Grimaud interprètera la messe D678 de Franz Schubert en concert à L’Isle-sur-la-Sorgue et à Avignon.
In einem Bächlein helle,
Da schoß in froher Eil
Die launische Forelle
Vorüber, wie ein Pfeil:
Ich stand an dem Gestade,
Und sah' in süsser Ruh
Des muntern [Fisches]1 Bade
Im klaren Bächlein zu........
Dans un petit ruisseau clair,
Et dans un élan de joie
La truite capricieuse
Est passée comme une flèche.
Je me tenais sur le rivage
Et j'ai vu dans un doux repos que
Le joyeux petit poisson se baignait
Dans le ruisseau ......



Franz Schubert et Felix Mendelssohn : deux génies précoces, deux destins
Il n’y a rien de plus surprenant pour des lycéens que de découvrir, après avoir écouté L’Ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, que cette œuvre a été composée par un adolescent de quinze ans. Leur étonnement est tout aussi grand lorsqu’on leur révèle que Schubert, l’auteur du lied Erlkönig, n’avait que dix-sept ans lors de sa création — sans compter les centaines d’autres lieder, quatuors et symphonies qu’il avait déjà écrits à cet âge.Ces deux compositeurs, mis à l’honneur dans notre programme « Concerts Anniversaire », ont été salués très jeunes pour leur génie musical. Pourtant, leurs origines sociales et économiques opposées ont tracé des chemins très différents : l’un vers une renommée mondiale, l’autre vers une reconnaissance tardive et limitée.
Schubert (1797-1828), aîné de douze ans de Mendelssohn, était le douzième enfant d’une famille de quinze, dont neuf moururent en bas âge. Fils d’un instituteur de banlieue viennoise et d’une ancienne domestique, il apprit le violon avec son père dès huit ans, puis le piano avec son frère aîné, avant d’être pris en charge par l’organiste local. Son talent dépassait déjà celui de ses mentors. Au sein du quatuor familial, il jouait de l’alto, entouré de ses frères Ferdinand et Ignaz aux violons, et de son père au violoncelle. À onze ans, il intégra le Séminaire impérial de Vienne comme choriste, une place fragile en raison de sa voix en mutation. Là, il eut la chance d’attirer l’attention d’Antonio Salieri, qui lui enseigna la théorie et la composition jusqu’en 1817.

Schubert, lui, vécut dans une quasi-obscurité, ses œuvres n’étant jouées que lors de réunions privées, les Schubertiades. En 1818, Vienne découvrit enfin une de ses œuvres profanes, L’Ouverture italienne. Il ne quitta presque jamais Vienne, excepté pour un séjour en Haute-Autriche. Onze ans après sa mort, en 1839, sa Grande Symphonie en ut majeur fut interprétée pour la première fois à Leipzig… sous la direction de Mendelssohn, devenu entre-temps une figure internationale de la musique.
Mendelssohn (1809 -1847), en revanche, grandit dans un milieu privilégié. Deuxième enfant d’un banquier juif influent — descendant du philosophe Moses Mendelssohn — et d’une mère issue d’une famille convertie au christianisme, il baignait dans un environnement intellectuel et cosmopolite. Sa sœur Fanny était déjà une pianiste et compositrice accomplie. Après des premières leçons de piano avec sa mère, il étudia à Paris, puis suivit des cours de composition avec Carl Friedrich Zelter dès l’âge de dix ans.
La précarité de Schubert l’empêcha d’accéder pleinement à la vie culturelle viennoise. Cependant, en jouant et en dirigeant l’orchestre du séminaire, il découvrit les œuvres de Mozart, Haydn, Beethoven, ainsi que les lieder de Zumsteeg et la musique sacrée. Après la mort de sa mère en 1812, il revint vivre chez son père, devint instituteur, et composa en marge de son travail.
À dix-sept ans, Mendelssohn, lui, avait déjà huit ans de concerts publics derrière lui, dirigeait des orchestres chez lui, et avait composé son célèbre Octuor à cordes. Il avait rencontré Goethe, étudié avec Ignaz Moscheles, et entamé des études universitaires à Berlin. À vingt ans, il voyageait en Europe et, en 1829, il redonna vie à la Passion selon saint Matthieu de Bach, marquant le début de la « renaissance bachienne ».

Vous aimez ces compositeurs ?
Le Chœur Grimaud interprètera des œuvres en concert à L’Isle-sur-la-Sorgue et à Avignon.
Schubert et l’ombre de Metternich : l’art comme refuge sous l’oppression
Sous l’autorité du chancelier Metternich, dont la position de pouvoir reposait sur un système habilement élaboré et omniprésent de police secrète, d’espionnage et de censure, l’atmosphère à Vienne était profondément oppressante.
Alors que les idéaux des Lumières - démocratie, progrès social, émancipation de l’individu - avaient déjà pris une ampleur considérable dans les pays d’Europe occidentale, Metternich gouvernait encore comme si l’absolutisme demeurait la norme sur le continent.

La résignation et le sentiment de trahison furent profonds. L’apparente « Gemütlichkeit » (bien-être, confort) caractéristique de l’époque Biedermeier masquait en réalité un profond malaise au sein de la société qui se transforma en révolution en 1848 .
Schubert, esprit libre sans pour autant être engagé politiquement, en souffrait intensément. Avec le poème « Klage an das Volk » (septembre 1824), qu’il adresse à son ami Franz von Schober, Franz Schubert dresse un tableau sombre de la réalité de la vie sous le « système Metternich ».

Ô jeunesse de notre temps - déjà disparue.
La force d’un peuple immense s’est dissipée,
nul ne s’élève, nul ne résiste,
tous glissent, anonymes, hors du présent.
Une douleur immense me consume,
elle seule me laisse encore un reste de force.
Car cette époque m’use dans l’inaction,
elle interdit à chacun toute grandeur.
Le peuple avance comme un vieillard malade,
il prend ses élans d’autrefois pour des songes,
il se moque, aveugle, des vers dorés du passé
sans plus en entendre la puissance vivante.
Toi seule, ô art sacré, demeures autorisée
à rappeler le temps de la force et de l’action,
à apaiser un instant la blessure profonde
que nul destin ne saura jamais refermer.
L’art devient alors un refuge, une patrie spirituelle.
Le célèbre lied schubertien La Truite, par exemple, n’est qu’en apparence une innocente peinture de la nature ; il véhicule en réalité une pensée dérangeante. Le libéral et patriote Christian Friedrich Daniel Schubart écrit la ballade de la liberté volée du poisson alors qu’il est emprisonné dans la forteresse de Hohenasperg, où il est détenu à des fins disciplinaires.



